Citroën BX 19 GTI (1986) rouge vif : la berline sportive française légendaire, vue de profil.

Au milieu des années 80, Citroën applique la recette GTI à sa berline familiale BX. Avec son moteur 1.9 de 125 ch et son incomparable suspension hydropneumatique, elle a réinventé la sportive à la française. Retour sur une légende youngtimer devenue culte..

 

 Au milieu des années 1980, le sigle « GTI » est une religion. Les bombinettes compactes comme la Volkswagen Golf ou la Peugeot 205 font la loi sur le bitume, dictant une recette immuable : un châssis vif, du poids plume et une fermeté sans concession. C’est exactement le moment qu’a choisi Citroën pour jeter un pavé dans la mare. En 1986, le constructeur aux chevrons applique la formule magique à sa berline familiale au style anguleux. Le résultat ? Une sportive décalée, capable de rivaliser avec les cadors du secteur sans jamais sacrifier le confort de ses passagers.

Lorsqu'elle déboule sur le marché en 1986, la Citroën BX GTI ne ressemble à rien de connu dans la catégorie. Dessinée par la main de maître de Marcello Gandini chez Bertone, sa silhouette en coin  si caractéristique des eighties  s'habille pour l'occasion d'attributs sportifs affirmés : becquet arrière, antibrouillards intégrés, jantes en alliage spécifiques et marquages latéraux explicites. Mais la BX GTI ne se contente pas d'un simple habillage cosmétique.

Sous son capot en plastique composite, Citroën glisse le pétillant 4-cylindres 1.9 litre de 125 chevaux DIN pour un couple de 175 Nm à 4 500 tr/min, hérité de sa cousine la Peugeot 205 GTI. Associé à un poids plume passant tout juste au dessus de  la barre des 1 000 kg et à l’incomparable suspension hydropneumatique maison, ce mariage improbable crée un ovni automobile. La BX GTI redéfinit immédiatement le concept de berline dynamique : une arme d'efficacité capable de dévorer les virages à haute vitesse tout en survolant les imperfections de la route comme un tapis volant. Longtemps boudée avant de devenir l'une des reines incontestées du mouvement youngtimer, retour sur l'histoire d'une voiture qui a prouvé qu'on pouvait être père de famille et pilote du dimanche.

BX GTI rouge en exposition sur une route de face

 

 Sous le capot : La mécanique Peugeot au service du chevron

Pour légitimer le sigle GTI apposé sur le hayon de la BX, Citroën n'a pas droit à l'erreur : il faut de la poigne sous le capot. Le groupe PSA puise alors dans sa banque d'organes la plus affûtée du moment et y prélève le bloc 4-cylindres 1.9 litre (XU9JA) de la Peugeot 205 GTI 1.9. Adapté aux spécificités de la berline, ce moteur à injection électronique développé par Bosch (Motronic) développe la bagatelle de 125 chevaux à 4500 tr/min.

Sur le papier comme sur l'asphalte, le contrat est remporté haut la main. Grâce à une structure faisant largement appel aux matériaux synthétiques et composites (notamment pour le capot et le hayon), la BX GTI affiche un poids plume impressionnant sur la balance : à peine 1 025 kg.

Cette légèreté permet au moteur 1.9 L d'exprimer tout son tempérament : des accélérations franches et une vitesse de pointe frôlant la barre symbolique des 200 km/h avec un km départ arrêté en 30,5 secondes, remarquables pour l’époque.

Sur la route, les montées en régime sont franches, accompagnées de reprises vigoureuses dès les bas régimes grâce à un couple généreux de 175 Nm.

Si cette version 8 soupapes pose des bases solides dès 1986, Citroën enfonce le clou dès l'année suivante avec le lancement de la BX GTI 16S. Armée du bloc 1.9 L porté à 160 chevaux (moteur XU9J4),  Sa vitesse maximale atteint 218 km/h et elle abat le 0 à 100 km/h en 7,9 secondes, l’ABS étant de série . Elle devient la toute première voiture française de grande série dotée d'une culasse à 16 soupapes. Une véritable catapulte qui propulse alors la BX dans la cour des berlines hautes performances.

 Sur la route : Le tapis volant dynamique

C’est une fois le contact mis et le moteur à température que la BX GTI révèle sa véritable magie. Là où la concurrence fait le choix d'amortisseurs fermes et de suspensions tape-cul pour verrouiller la caisse, Citroën prend le contre-pied absolu en misant sur son arme absolue : la suspension hydropneumatique.

Connectées à une centrale haute pression, les sphères remplies d'azote et de liquide hydraulique remplacent les ressorts traditionnels. Le résultat en conduite soutenue est bluffant. La voiture vire à plat sans subir de roulis excessif, absorbe les déformations du bitume avec une aisance déconcertante et garde une assiette constante, peu importe la charge ou la vitesse. Là où une sportive classique sautille et se désunit sur chaussée dégradée, la BX GTI avale les bosses et maintient ses pneumatiques collés au sol.

Cette architecture offre à la berline une tenue de route d'une efficacité redoutable :

  • Un train avant accrocheur : La direction assistée (en série) s'avère directe et précise, permettant de placer le train avant au millimètre dans les enchaînements de virages.
  • Un freinage hors norme : Alimenté par la centrale hydraulique haute pression de la marque, le système de freinage à quatre disques offre une puissance d'arrêt phénoménale, un mordant instantané et une endurance rare pour l'époque.

Sur les long trajets autoroutiers comme sur les départementales les plus sinueuses, la BX GTI réussit le grand écart parfait : offrir l'efficacité et l'agilité d'une vraie sportive sans jamais martyriser les vertèbres de ses occupants. Un confort de roulement inégalé qui lui vaudra le surnom mérité de « tapis volant dynamique ».

 Style et vie à bord : L'esprit 80's assumé

Si la mécanique et le châssis imposent le respect, le design de la BX GTI ne laisse personne indifférent. Dessinée par Marcello Gandini  à qui l’on doit notamment la Lamborghini Countach et la Lancia Stratos  la silhouette en coin très géométrique s'approprie les codes visuels emblématiques des années 1980.

Pour cette déclinaison sportive, Citroën muscle la ligne sans tomber dans le tuning de mauvais goût. L'extérieur se dote d'atouts caractéristiques :

  • La panoplie aérodynamique : Un becquet noir posé sur le hayon, des boucliers peints ton caisse intégrant des projecteurs antibrouillards et des baguettes latérales ornées du mythique liseré rouge.
  • La signature visuelle : Des jantes en alliage léger de 14 pouces au design ajouré très spécifique, accompagnées du sigle « GTI » fièrement apposé sur les ailes arrière et la calandre.

À l'intérieur, l'ambiance fait la part belle au confort sportif. À l'occasion du restylage (Phase 2) inauguré en 1986, Citroën assagit son habitacle futuriste au profit d'une ergonomie plus conventionnelle mais nettement plus lisible. Exit le tableau de bord « pèse-personne » et les satellites de commande loufoques des premières BX : la GTI adopte des cadrans analogiques ronds classiques, complets et parfaitement lisibles (tachymètre, compte-tours, manomètres d'huile et d'eau).

Les passagers sont accueillis dans d'excellents sièges baquets enveloppants habillés d'un velours spécifique à trame sportive. Le conducteur prend en main un volant sport à trois branches perforées (qui remplacera le traditionnel volant monobranche Citroën) et bénéficie d'un équipement de série particulièrement généreux pour l'époque : vitres électriques, fermeture centralisée, rétroviseurs électriques et vitres teintées. Un cocktail parfait entre l'atmosphère feutrée d'une berline routière et la touche de nervosité propre à la culture GTI.

BX GTI rouge vue latérale

 Conclusion / Cote Youngtimer : La revanche d'une incomprise

Longtemps victime d'une image injustement ringarde et des moqueries ciblant son look taillé à la serpe, la Citroën BX a traversé un long purgatoire. Souvent reléguée au rang de voiture d'occasion bon marché usée jusqu'à la corde, elle semblait promise à l'oubli. C'était sans compter sur l'avènement du phénomène youngtimer, qui a redistribué les cartes et remis en lumière les pépites oubliées des années 80 et 90.

Aujourd’hui, la BX GTI prend une savoureuse revanche. Les collectionneurs et passionnés redécouvrent une automobile pétrie de qualités : une polyvalence rare, une mécanique increvable partagée avec la légendaire 205 GTI, et surtout un toucher de route hydraulique totalement unique que l'industrie automobile moderne ne saura plus jamais reproduire.

Sur le marché de la collection, la cote de la BX GTI connaît une montée progressive mais régulière :

  • BX GTI (8v, 125 ch) : Un bel exemplaire bien entretenu et exempt de corrosion se négocie désormais entre 8 000 € et 12 000 €, selon le kilométrage et l'historique.
  • BX GTI 16S (160 ch) : Graal ultime de la gamme, les versions 16 soupapes atteignent fréquemment les 15 000 € à 20 000 € pour des modèles en état concours.

Quarante ans après sa présentation, la Citroën BX GTI n'est plus la sportive « bizarre » du paysage automobile français. Elle est devenue ce qu'elle a toujours été au fond : une berline audacieuse, visionnaire et diablement efficace, qui a su réinventer la recette GTI avec le brin de folie et le génie d'ingénierie propres à Citroën.

Photos: Citroen 

 

BX GTI vue latérale devant une haie

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